Sauvignon blanc : diversification et montée en gamme

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Le sauvignon blanc a beau être l’un des cépages les plus cultivés dans le monde, son succès commercial reste difficile à expliquer. Qu’il s’agisse des experts en marketing, des chroniqueurs ou des prescripteurs, tous s’avouent perplexes quant aux raisons pour lesquelles ce cépage d’origine française a réussi une telle conquête mondiale. En revanche, ils s’accordent à dire que l’évolution des profils organoleptiques dans les principaux pays producteurs contribuent à consolider cet engouement et à élargir sa clientèle.

Premier à admettre que l’engouement mondial en faveur du sauvignon blanc a de quoi laisser perplexe, Larry Lockshin, professeur en marketing et directeur de l’Ecole de marketing auprès de l’Université de l’Australie Méridionale, explique : « Personne ne semble en mesure d’interpréter le succès du sauvignon blanc. Je pense qu’il a fait l’objet d’une mode qui s’est transformée en tendance, donc plus stable, grâce à son caractère fruité. Pourquoi le sauvignon blanc a-t-il décollé là où le riesling demi-doux n’a pas réussi ? Les cépages sont étroitement liés sur le plan génétique ; il en est de même avec le muscat. Si nous savions comment mesurer ces facteurs et les prédire, nous serions particulièrement sollicités… Tout semble indiquer que le sauvignon blanc néo-zélandais a représenté un tournant en matière de profil organoleptique, avec plus de sucre résiduel que les versions françaises. Ensuite, ce style a été imité par beaucoup d’autres régions productrices ».

Renaissance de l’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud compte au nombre de ces dernières. La fin des sanctions économiques a permis l’émergence d’un secteur vitivinicole moderne mais cette évolution s’est accompagnée de choix viticoles peu judicieux, dictés par des considérations peu qualitatives. Du matériel végétal dont l’intégrité génétique était compromise, des terroirs viticoles inadaptés et des rendements trop élevés : tels sont les facteurs qui auraient porté atteinte à la capacité du pays à élaborer des sauvignon blanc qualitatifs selon l’expert en vins sud-africains Michael Fridjhon. Cependant, des améliorations ultérieures dans tous ces domaines conjuguées à la présence d’œnologues dynamiques ont abouti à ce que le chroniqueur Oz Clarke qualifie de « renaissance du sauvignon blanc en Afrique du Sud ». Le pays est désormais reconnu pour son large éventail de vins issus de ce cépage, ouvrant ainsi la voie à de nombreuses opportunités commerciales.

Cinq styles différents

Parmi les adeptes du sauvignon blanc, Charles Hopkins, chef de cave chez De Grendal Wines, près du Cap, croit fortement au potentiel de ce cépage pour séduire un public plus large : « Je suis un inconditionnel du sauvignon blanc. Il s’agit du cépage le plus avant-gardiste et le plus documenté en termes de recherche. Pendant ma carrière d’œnologue en Afrique du Sud, amorcée il y a 26 ans, et suite à des séjours à Bordeaux et en Californie, j’ai pris connaissance de recherches extraordinaires sur les composés aromatiques propres au sauvignon blanc ». Selon lui, l’Afrique du Sud est aujourd’hui à l’origine de cinq profils organoleptiques différents, dont deux présentent des arômes volatils : « Tout le débat sur les préférences des consommateurs tourne autour de la compréhension de la volatilité des composés aromatiques ».

Disponibilités et prix

L’Afrique du Sud a joué un rôle moteur dans l’engouement en faveur du sauvignon blanc sur le marché britannique, estime Natalia Posadas-Dickson, acheteuse chez Enotria Winecellars au Royaume-Uni. « La popularité d’un cépage repose sur les disponibilités et les prix. Seuls l’Afrique du Sud et le Chili avaient la capacité économique de proposer les deux. Ils se sont inspirés de la Nouvelle-Zélande et ont compris qu’ils pouvaient offrir la même chose, à moindre coût ». Historiquement, l’appellation Sancerre a joué un rôle important sur le marché britannique et il y a fort à parier qu’il influe encore et toujours sur les préférences gustatives des consommateurs de ce pays : « Tout en ignorant que le Sancerre est issu du sauvignon blanc, ils se rappellent encore de son goût et l’apprécient. Etant donné son positionnement prix, le Sancerre avait un côté snob mais dès lors qu’on y substitue le nom du cépage, sa réussite est assurée ». Posadas-Dickson réfute l’idée selon laquelle l’envolée commerciale du sauvignon blanc au Royaume-Uni repose entièrement sur les vins néo-zélandais : « La Nouvelle-Zélande n’est pas en mesure de proposer le positionnement prix adéquat ni une typicité variétale. Or, cette dernière s’avère essentielle aux yeux des consommateurs. Par ailleurs, l’acidité et la fraîcheur – rappelant le goût de la bière – représentent des éléments indispensables ».

Plus grande diversité des vins néo-zélandais

Pionnière, malgré tout, du sauvignon blanc, la Nouvelle-Zélande fait évoluer sa gamme, grâce à des connaissances plus pointues sur le cépage et bien sûr, pour éviter qu’une lassitude ne s’installe chez les consommateurs. L’offre qu’elle propose est loin d’être unidimensionnelle, une diversification qui n’est pas passé inaperçue dans la presse. « Il ne fait aucun doute que la Nouvelle-Zélande ne propose plus un seul style de sauvignon blanc. Si vous pensez que le profil organoleptique se limite à des arômes de groseille à maquereaux et de poivron vert, eh bien vous vous trompez ! » affirme Will Lyons, chroniqueur dans The Wall Street Journal. « J’ai remarqué que les vins peuvent être classés selon quatre typicités : un profil sec, des vins avec beaucoup d’arômes exotiques et d’agrumes, d’autres qui affichent un caractère plutôt herbacé et enfin, le sauvignon boisé qui présente un profil plus tendre et plus rond ».

Montée en gamme

Assurer un avenir durable au sauvignon blanc passe par la diversification des typologies, mais aussi par une montée en gamme. Dans la Napa Valley, le sauvignon est de plus en plus pris au sérieux par les plus grands producteurs, sa fonction de culture commerciale ayant tendance à s’estomper. Dans The Wall Street Journal, la journaliste Lettie Teague écrivait au printemps dernier : « de plus en plus de grands producteurs de la Napa Valley recherchent les meilleurs terroirs pour acheter ou planter du sauvignon blanc. Ils expérimentent diverses techniques de fermentation et font des essais avec différents clones. Il en résulte une sélection de vins beaucoup plus ambitieux – dont le positionnement prix l’est aussi – certaines cuvées dépassant 100 $ la bouteille…

[Cette] vague de sauvignon ambitieux de la Napa Valley est encensée par la critique ». La France est déjà bien positionnée sur le haut de gamme. Cependant, ses vins portent souvent le nom d’une appellation, ce qui brouille les cartes en matière de compréhension des motivations d’achat. Enfin, l’offre française constitue une alternative intéressante aux vins du Nouveau Monde, qui contiennent souvent du sucre résiduel, élargissant ainsi le champ des possibles pour le consommateur.

Sur le podium

L’ensemble de ces facteurs contribue à maintenir une dynamique autour du sauvignon et à développer ses ventes. Sur plusieurs marchés export clés dans le monde, le sauvignon est souvent cité parmi les cépages préférés des consommateurs. Au Royaume-Uni, des données publiées en septembre dernier par la Wine & Spirit Trade Association (WSTA) montrent que le sauvignon blanc figure dans le trio de tête, avec le pinot gris et le merlot, pour ce qui est des préférences variétales. Aux Etats-Unis, les études révèlent que le sauvignon est fortement apprécié par les consommateurs tandis qu’en Chine, 5ème marché mondial pour le vin, il se place troisième sur les cinq cépages ayant la meilleure notoriété, selon les données de Wine Intelligence. Le cabinet britannique a également observé que les trois pays scandinaves que sont la Norvège, la Suède et le Danemark, réservent une place de plus en plus importante au sauvignon, au détriment du chardonnay.

Polyvalence

Dans bon nombre de ces pays, les vins se consomment en dehors du repas. L’un des plus grands atouts du sauvignon réside dans sa grande souplesse : il peut s’apprécier seul et en accompagnement de mets, en apéritif ou pendant tout un repas. Cette polyvalence devrait lui permettre de perpétuer sa réussite commerciale, mais d’autres facteurs y contribuent également : « De grandes marques font la promotion du sauvignon et elles continueront à y consacrer des sommes considérables car il s’agit d’un cépage aux repères simples », affirme Natalia Posadas-Dickson. Faisant spécifiquement allusion, au sauvignon néo-zélandais, Will Lyons conclut quant à lui, sur ces belles paroles : « Les meilleures cuvées offrent une régularité extraordinaire, sont faciles à comprendre et plaisent au plus grand nombre, le tout à des prix corrects. Ce qui me passionne dans ces vins, certainement comme d’autres consommateurs, c’est leur mariage entre des arômes intenses et une acidité vive et éclatante ».

2016-10-24T15:11:02+00:00 décembre 2nd, 2014|Articles de presse, Comité Sauvignon|

About the Author:

Diplômée en lettres modernes, Sharon Nagel a nourri sa passion innée pour les vins en collaborant pendant 25 ans au journal professionnel « La Journée Vinicole ». Ses voyages dans de nombreux pays producteurs à travers le monde lui ont permis de mieux appréhender le rôle social et environnemental du vin de même que ses multiples expressions en fonction de sa région d’origine. Par ailleurs, en tant que membre du jury auprès de plusieurs concours internationaux dédiés aux vins (Concours Mondial de Bruxelles, Sélections Mondiales, Vinandino…), elle a pu observer les progrès qualitatifs phénoménaux qui ont révolutionné de nombreux pays producteurs au fil des ans et les ont propulsés sur la scène internationale. Elle s’est appuyée sur ces connaissances pour perfectionner ses compétences en matière de rédaction et de traduction, ce qui lui a permis de collaborer à des projets d’envergure comme l’ouvrage « Gigondas, ses vins, sa terre, ses hommes » (lauréat du prix du meilleur ouvrage traduit aux Gourmand World Cookbook Awards) ou encore « Les Vignerons du Pic Saint-Loup » (en cours). Du point de vue rédactionnel, elle a écrit plusieurs éditions spéciales consacrées à des thèmes tels que ‘Le Vin et la Santé’, ‘Les Jeunes et le Vin’ et ‘L’Oenotourisme’. Quant au sauvignon blanc, sa grande révélation s’est produite avec la dégustation d’un sauvignon de la Napa Valley dont la générosité aromatique et la vigueur ont tranché avec des expériences décevantes auparavant avec des vins plutôt insipides. Depuis lors, elle a découvert de nombreuses pépites et espère continuer à en faire.